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Black Swan

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Modérateur: Cinema

Re: Black Swan

Messagede DH84 » Ven 14 Oct 2011 08:20

Une compagnie de ballet à New York, dirigée de main de maître par le tyrannique Thomas. A chaque spectacle, chaque ballerine rêve d’être choisie pour le rôle principal, et travaille jour et nuit pour atteindre la perfection demandée par le maître. Alors que celui-ci monte une nouvelle version du lac des cygnes, il choisit la fragile et timide Nina pour être le premier rôle de la représentation. Tiraillée entre ses doutes et une mère étouffante, celle-ci semble perdre pied au fur et à mesure que la date fatidique approche.

Dès la magnifique séquence d’ouverture, ce n’est pas tant une à une plongée dans le monde du ballet qu’Aronofsky nous entraîne, mais bien à une plongée dans le monde de la folie. En poussant son cinéma brutal et puissant vers les horizons légers de la danse et les frontières troubles du fantastique, le réalisateur prend à chaque seconde le risque d’en faire trop, de surcharger la barque et d’exploser en plein vol. Mais Aronofsky est un funambule, et la fluidité virtuose de ce Black Swan semble presque un miracle, et pourtant…

Le conte fantastique est d’abord particulièrement réussi parce qu’il balade le spectateur et le surprend vraiment. Avec une mise en place qui compte son lot de personnages déjà terrifiants : la mère possessive, le maitre manipulateur, l’ex star déchue, la concurrente délurée…une vraie galerie de monstres dans un monde bien réel. Puis par un glissement progressif vers la folie où l’on cherche avec l’héroïne à séparer le vrai du faux, le rationnel de l’onirique, les drames des cauchemars. En filmant en permanence des miroirs et des reflets, cela en devient une plongée en apnée saisissante, accentuée par le propre cauchemar de Nina qui cherche à tutoyer la perfection mais qui ne parvient pas à se libérer. Etouffant, éprouvant, imprévisible, le film prend à la gorge pour ne plus nous lâcher. Quelques scènes physiquement insoutenables jalonnent le chemin, mais c’est bien dans la tête de Nina que l’on se perd progressivement, au fur et à mesure de sa transformation vers ce cygne noir qu’elle doit devenir. Un film de genre, donc. Un thriller peut-être, mais sûrement un des tous meilleurs qu’il nous a été donné de voir.

Il faut dire que le réalisateur a atteint une forme de plénitude dans sa mise en scène : si l’on retrouve « ses » marqueurs (caméra à l’épaule, cadres rapprochés, vues de dos pour suivre la sécheresse de ce qu’il filme), il sait aussi le temps d’un ballet ou d’une soirée en boite varier ses approches, oublier la brutalité pour épouser une forme inédite d’insouciance ou de légèreté. Arronofsky est à la fois un virtuose de la caméra, un maitre du rythme mais aussi un exceptionnel directeur d’acteur : après la métamorphose de Mickey Rourke, c’est Nathalie Portman qui trouve ici ce qui devrait être le rôle de sa vie. Sensible, enfantine, décalée, triste, elle livre une prestation fabuleuse en restant toujours sur le fil du rasoir mais sans jamais lâcher. Le reste du casting est au diapason, de Vincent Cassel à Mila Kunis en passant par la revenante Winona Ryder.

Et l’on quitte définitivement le film de genre lors des dernières minutes du film pour comprendre qu’on est déjà beaucoup plus loin que cela. Séquence finale miraculeuse, entre le rêve, le cauchemar, et le fantastique le plus total quand ce cygne noir apparaît enfin, et la chute vers la réalité. On se laisse emporter, souffler par le puissance des images, par cette musique entêtante, par ces mouvement millimétrés…Un très grand moment de cinéma, une vraie claque de spectateur. Des images qui nous poursuivent longtemps après la sortie de la salle…
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Re: Black Swan

Messagede SaraT » Ven 14 Oct 2011 10:05

Belle critique, et exacte !

Ce film fait parti de ceux qui laissent une impression étrange juste après avoir été visionné, et encore longtemps après.

Je ne l'ai plus vu depuis la fois où je l'ai vu au cinéma, mais je le reverrai très prochainement, c'est évident.

Très bon film.
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Re: Black Swan

Messagede M.Saoudi » Ven 14 Oct 2011 21:18

La critique me semble intéressante par certains points, mais manque de liant vers le moins bon du film. En effet, Aronofsky est empreint de virtuosité avec ce film, mais il n'empêche que l'essence de Black Swan est moralement en rupture avec l'esthétique et la technique, en ceci qu'Aronofsky nous montre qu'une jeune fille sans vie sexuelle est une mauvaise chose, et pousse à penser la perversité comme une forme de libération. En effet, il semble assez déroutant de voir le professeur de danse caresser de toutes parts le corps de la jeune fille, sans retenue et avec brutalité. Certes, il tente de libérer ce cygne noir en elle, mais il y a quelque chose de malsain qui ressort. On la voit ensuite plonger petit à petit dans un univers de vice sexuel (la scène de la boîte de nuit), qui l'amène a la virtuosité du cygne noir. D'ailleurs, la matérialisation du cygne noir me semble d'un ridicule, c'est une métaphore qui ne demandait pas tant d'effets spéciaux, mais plus quelque chose de symbolique et de suggéré. Je pense que l'aspect schizophrénique suffisait à montrer cette dualité entre la pureté du cygne blanc et le cygne noir, où la dimension sexuelle y aurait trouvé une forme par l'expression même de cette schizophrénie, qui ne viendrait finalement que du désir de la jeune fille. La seule scène sexuelle ayant un impact positif est la scène où elle se trouve dans sa chambre et se masturbe, car on peut y voir un désir de se libérer de l'oppression maternelle et de cette enfance prolongée, par le symbole de la chambre maculée par cet acte sexuel. Il est à noter la performance sublime de Nathalie Portman, qui au fil des ans étoffe son jeu d'actrice et finit avec ce film par dévoiler un jeu d'une fluidité et d'une performance remarquables.
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Re: Black Swan

Messagede schizoïdman » Jeu 19 Avr 2012 19:59

La première fois que je l'avais vu, j'avais trouvé; bien que le film ne se scinde pas en partie mais soit toujours en progression, que les ¾ du film se concentrait trop sur le travail préparatoire, sur la vie d'un ballet, et les exercices d'une ballerine. L'autre quart tournait au récit fantastique, et chassait le naturel, le commun. En fait je m'aperçois que mon état d'esprit refusait la noirceur totale, le masochisme, la dureté, comme si l'exercice de la danse n'était qu'une souffrance: porter son corps jusqu'à l'incandescence. C'est une torture du début à la fin, pour que Nina ressente en elle le sentiment non d'un accomplissement mais d'une perfection. Ce film rejette tout ce qu'on attend d'un film qu'il vous fasse rêver, qu'il vous divertisse, qu'il chasse la part sombre de vos journées. C'est une épreuve, jamais métier n'a paru si dur physiquement et psychologiquement. Entraîner son corps au point de le blesser, être obsédé, obnubilé, au point de perdre la tête, de faire apparaître des cauchemars, dans une attitude paranoïaque,... Enormément de séquences sont imaginaires, des fantasmes, qui viennent de l'intérieur de l'esprit de Nina. Il y a toute une dialectique du contrôle et du lâcher prise, se laisser porter, montrer ses sentiments, et tout d'un coup le contrôle s'abat, contrôler pour se protéger et tout d'un coup on accepte de se laisser entraîner. Rarement une actrice aura autant mérité l'oscar, elle n'exacerbe pas ses émotions, elle joue avec un rôle d'une complexité redoutable, de son corps et de sa tête.
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