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Princesse Mononoké

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Modérateur: Cinema

Princesse Mononoké

Messagede Dconeed » Jeu 20 Jan 2011 14:35

A l'occasion de la sortie du nouveau long métrage des studios Ghibli, je reviens sur un des succès planétaires de ce studio magique, j'ai nommé Princesse Mononoké.

En 1997, à sa sortie au Japon, Princesse Mononoké a attiré quinze millions de spectateurs. Véritable record pour un film d'animation qui a surpassé E.T l'extraterrestre au Pays du Soleil Levant. Il a rapporté plus de 160 millions de dollars à travers le monde, et a reçu plusieurs récompenses : l'Award of the Japanese Academydu meilleur film, le prix des lecteurs du meilleur film aux Kinema Junpo Awardset le Prix du film Mainichidu meilleur film d'animation et prix des lecteurs, en 1998.
Un succès amplement mérité pour une œuvre si bien construite et qui a permit au réalisateur, Miyazaki, de se faire connaître en Europe.

Princesse Mononoké s'inscrit dans la tradition du jidaigeki japonais, dit le drame historique japonais. Ce genre, grandiose et épique, se caractérise par de nombreuses péripéties et des scènes de bataille impressionnantes.
Cette perle de l'animation possède aussi des caractères poétiques et philosophiques, d'une incroyable limpidité, au service d'un message fort et alarmant.

Dans ce film, le conflit entre les esprits de la forêt, symbolisant la nature, et les villageois dirigés par Dame Eboshi (qui souhaite la prospérité de son village) est une parfaite illustration de la destruction de la nature par l'industrialisation.

C'est en effet un thème cher au réalisateur qui, même en prenant le parti de la nature, prévient que la haine mutuelle qui anime les camps entrainera leur perte. Même le héros Ashitaka, victime d'une malédiction alors qu'il protégeait son village d'un esprit de la forêt possédé par un démon, ne parviendra pas à empêcher la destruction des deux adversaires.

Mais ce qui fait toute la beauté de l'œuvre, c'est la poésie et l'émotion qui se dégage magistralement malgré la violence des combats et la haine omniprésente. Les petits esprits de la forêt et les apparitions du Dieu Cerf sont emplis de magie et nous plongent au cœur de ce monde merveilleux.

Un message universel porté par des références religieuses qui apportent un côté mythique à ce film si particulier.
Le divin est le piler central du film. Le Dieu Cerf, dont chacun de ses pas fait naître une touffe de fleurs qui meurt dès que son pied quitte le sol, symbolise poétiquement sa douce emprise sur la vie et la mort. Ce même Dieu, à l'image de Jésus, marche sur l'eau en toute sérénité. Il se dégage un sentiment de dignité et de respect de ce Cerf et peut-être même aussi une certaine insouciance. Le fait que le Dieu-Cerf n'intervienne pas dans ce conflit montre bien que c'est essentiellement aux humains et aux animaux d'œuvrer pour la maintien de l'harmonie terrestre. C'est un peu le Kirin japonais de Miyazaki.

Mais un caractère politique émerge également de ce film : les luttes incessantes entre clans humains pour la possession du minerai, clé de l'industrialisation. Le tout sous le regard lointain de l'Empereur, qui n'y attache pas beaucoup d'importance sauf pour son propre intérêt.

Miyazaki a la particularité d'être un féministe dans ses films d'animation. Les filles ou femmes sont toujours des personnages clés du récit. Dans Princesse Mononoké, outre le fait qu'il attache de l'importance à San la fille des loups, le village des humains, proche de la forêt, est essentiellement dirigé par les femmes (anciennes prostituées recueillies par Dame Eboshi) qui dominent leurs maris. Les relations entre les hommes et les femmes sont visiblement inversées.


En ce qui concerne le graphisme de Princesse Mononoké, les sept/huitièmes ont été dessinés à la main et plus de la moitié par Miyazaki lui-même, ce qui accentue l'ambiance très mystique de l'œuvre. Ce dernier s'est inspiré de l'ancienne forêt de Yakushima pour créer sa forêt de esprits. Un paysage réputé mystérieux et magique. Visuellement, le film est magnifique, des images à couper le souffle et une imagination débordante. L'univers de Miyazaki est bien là, ça se voit et ça se sent. Le tout porté par les musiques somptueuses de J. Hasaichi, dont j'ai présenté quelques extraits plus bas dans cet article.


En ce qui concerne les personnages, aucun n'est totalement bon ou mauvais. Chacun a ses ambitions, ses objectifs et tente d'y parvenir malgré les obstacles. Chaque but est légitime mais tous ne sont pas en accord les uns avec les autres, c'est pour cela que se créent les conflits. C'est, il me semble, la vision complexe qu'a le réalisateur des relations humaines et l'explication qu'il donne de l'origine des conflits.

Ashitaka est l'un des derniers représentants d'un clan traqué et exterminé qui symbolise l'harmonie avec la nature. Mais malgré ce respect pour son environnement, il est victime d'une malédiction injuste et mortelle.

Dame Eboshi est une femme révolutionnaire qui veut à tout prix préserver l'autonomie et la prospérité de son village, quelles qu'en soient les conséquences. Elle n'hésite pas à se sacrifier elle-même ou les personnes qui l'entourent pour arriver à ses fins. Mais le personnage le plus énigmatique est Jiko Bou. A la fois bon et mauvais, fort et faible, sûr de lui et doutant de lui. Mais sa loyauté envers l'empereur l'aveugle sur les conséquences de ses actes.

Princesse Mononoké est plus qu'un simple dessin aimé, car il apporte beaucoup de profondeur et de complexité à ses personnages. Touchants, à la fois par leurs qualités et leurs défauts, ils permettent (aidés en amont par un dessin soigné et une musique pleine d'émotion) au spectateur de s'immerger avec le héros dans cette histoire.


Princesse Mononoké aurait dû être le dernier long métrage de Hayao Miyazakien tant que réalisateur. Mais, porté par le succès de ce bijou de l'animation à travers le monde, il décida de continuer l'aventure avec un autre chef d'œuvre : Le Voyage de Chihiro.


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